La réponse du Béret à la bergère
Billet 128 Jeanne d’Arte au buffet
L’égérie du combat anti-OGM sur Arte m’envoie un mail suite à quelques commentaires irrévérencieux postés sur son blog où elle fait la promotion de son livre « Le monde de Monsanto » et combat l’agriculture productiviste : pour la Jeanne d’Arte altermondialiste, le retour au moyen age est la direction à prendre de toute urgence.
Contrairement à l’usage qui prévaut sur le blog de madame Robin, je n’ai pas pour habitude de publier les mails que je reçois afin de les livrer en pâture à mes lecteurs, encore moins de publier ceux de tiers pour les besoins de la cause, ce qu’elle fait je n’ai pas de motif à le faire, d’humeur joyeuse je n’ai déclaré la guerre à personne pour le moment en dépit d’un pseudonyme aussi affligeant que mon blog.
Cependant, la lecture la semaine dernière du blog de madame Robin « LeMondeDeMonsanto » m’a convaincu que derrière le combat contre la firme qui contrôle 90% des OGM dans le monde, se cache une idéologue rétrograde pesant de tout son poids médiatique pour la conversion de l’agriculture française à l’agriculture biologique, présentée comme la seule solution possible. Avec Arte dans la balance plus quelques autres – un de ces jours je vous raconterai les circonstances désopilantes de mon interview à France Inter – elle estime devoir faire la leçon au lobby agro industriel qu’elle accuse d’empoisonner le monde par votre intermédiaire, messieurs les agri managers. Plutôt risquer mourir de faim que d’empoisonnement, semble dire madame Robin.
Le Roundup hautement toxique
Tant que Marie Monique Robin circonvenait son champ de bataille aux OGM de Monsanto, avouons que cela faisait notre affaire à vous et moi, exception faite de quelques dissidents s’obstinant à cultiver le Mon810. Les agriculteurs sont assez unanimes, toutes tendances politiques confondues, à déclarer n’avoir ni le besoin ni le désir de cultiver des plantes OGM pour le moment. Les Grandes plaines sont en Amérique, les petites plaines en France, et ça, ça change pas mal de choses. En labourant l’antiaméricanisme apocalyptique, la journaliste qui se targue d’être fille de paysan est assurée d’un succès certain sur le marché de la peur et de l’édition. Pourtant vu d’ici, Monsanto c’est avant tout le ROUNDUP©, un désherbant connu du grand public tellement utile qu’il serait dommage d’en annihiler l’efficacité par une utilisation trop systématique ou irréfléchie comme on peut le voir ailleurs. C’et donc sans surprise que cet herbicide est dans la ligne de mire de Marie Monique Robin:
« …Roundup, l'herbicide phare de Monsanto, dont j'ai découvert au cours de mon enquête (j'y reviendrai ultérieurement) qu'il était hautement toxique... »
Que répondre à propos de la découverte qui alarme tant madame Robin ? Rien. Il serait vain d’espérer un dialogue sérieux avec une journaliste « scientifique » proférant une telle connerie, à moins de considérer que tout ce qu’a produit la science est hautement toxique, de la voiture au portable, les transports aériens qu’utilise madame Robin pour mener ses enquêtes n’étant pas exempts de tous reproches. A quand un audit énergétique de Robin, d’Arthus-Bertrand et Hulot ? Cet alarmisme à géométrie variable la décrédibilise totalement à mes yeux, moi qui suis toujours vivant alors que je devrais être déjà mort à l’heure où je vous parle : une seule goutte suffit pour que le Round up vous refile le cancer… d’après le chercheur Robert Bellé [1]. Comment s’étonner dés lors que les sbires de Monsanto ne répondent plus aux accusations de MM Robin ? Elle ne dit pas s’il faut interdire aussi la pipe de Bové et son cocktail chimique, mais pour le ROUND UP il y a urgence ma foi. Naturellement cette mise à l’index du produit phare de Monsanto sous-entend qu’il faudra ensuite interdire les autres substances chimiques vers lesquelles les agriculteurs à la recherche de substituts se retourneront immanquablement, la plupart toxiques si ce n’est plus comparé au Roundup. Ça m’étonnerait qu’elle n’y ait pas pensé…
Un extrait du billet du 22 mars dans lequel Marie Monique Robin, alors en mission à Melle, écrit :
« Dans ce pays rural, où paysans et jardiniers, comme partout en France, ont utilisé en toute innocence les "produits phytosanitaires" - l'euphémisme qui désigne les poisons que nous ingurgitons depuis un demi siècle- promus par le lobbying agroindustriel avec le soutien des pouvoirs publics, soufflait comme un vent de révolte inédit. »
Madame Robin est convaincue que c’est notre bêtise, notre « innocence » écrit-elle, qui nous fait utiliser des produits phytos. Sa façon à elle de nous épargner le fardeau de l’empoisonneur : L’heure est à l’union sacrée des paysans et des jardiniers contre les firmes. Qu’il faille raisonner l’utilisation des pesticides, diminuer leur utilisation ne suffit pas à cette fille de paysan dont l’ignorance en matière agricole se révèle un peu plus à chacune de ses interventions dans le champ médiatique, là où le manque d’assurance lui fait écrire sur son blog à toute personne critique d’être de « mauvaise foi ». C’est bien de foi qu’il s’agit dans le cas de MM Robin, raison de plus de douter de ses capacités.
Voici son mail de lundi qui m’était destiné :
« Attention à la diffamation !
Monsieur
Je tiens à vous informer que je trouve vos propos diffamants et d'une mauvaise foi affligeante. Je vous rappelle que j'ai fait le tour du monde et ai interviewé plus de cent personnes, alors un peu de respect. L'équipe de modérateurs d'ARTE m'a déjà proposé de supprimer vos messages qu'elle juge malveillants et agressifs, et sans intérêt pour la qualité du débat. Je leur ai dit de vous laisser car la pauvreté de vos arguments vous dessert remarquablement. Et puis, un sociologue est en train d'analyser le contenu des messages sur mon Blog, ce que je trouve intéressant. Mais ne passez pas les bornes, en respectant les règles d'un respect minimum.
Cordialement,
Marie-Monique Robin »
Bref, si on veut bien me garder c’est comme objet d’analyse, la science ayant besoin d’étudier ce qui me pousse à commettre des crimes de lèse majesté comme celui d’ironiser à propos d’un forum participatif dans lequel elle tient la vedette [2], et dont elle publie sur son blog le programme détaillé :
Vendredi 27 juin, 14 heures, conférence sur le roundup, lors du forum participatif sur la réduction des pesticides, organisé par le Conseil régional du Poitou Charentes, en présence de Ségolène Royal. …Buffet bio. […]
Voici mon commentaire jugé plus diffamant que sa conférence sur le Roundup: « Un buffet arrosé d' 'huile d'olive "bio", vous vivez dangereusement ! UFC-Que choisir: "sur les 25 huiles d’olive vierge extra testées, les huiles bio ou en biodynamie arrivent en fin de classement." J'espère que le vin est bon, parce qu'un forum participatif sur l'entretien des routes départementales, il faudrait qu'on me paye... Bon courage ! » Béret Vert
Si la forme n’est pas géniale, rien n’est faux, et sur le fond j’utilise une méthode identique à celle de Robin des OGM, consistant à faire mon miel d’une « étude » rigoureuse mais probablement pas définitive [3]. En effet, les huiles estampillées « bio » et testées par Que Choisir se révèlent très oxydées, qu’en est-il alors de ses propriétés anti oxydantes vantées par la publicité pour contrer les radicaux libres, ces derniers dont on prétend qu’ils sont responsables du vieillissement, malgré que les dernières recherches en la matière invalident cette théorie ? Suggérer sur un ton sarcastique mais à partir de sources fiables que le bio n’est peut-être pas la religion qui sauvera le monde, sur le blog de Marie Monique, s’apparente à de la diffamation. En tout cas je comprends que la pilule soit dure à avaler pour les businessmen des compléments alimentaires, l’épicier bio ou votre dealer de pharmacien. Ce qui s’observe en laboratoire ne s’observe pas systématiquement in vivo, et la prudence est de mise face à des résultats d’études qui se contredisent au fil du temps, la goutte de roundup n’ayant probablement jamais tué qui que ce soit, combien même en laboratoire l’ADN des cellules d’embryon d’oursin en serait perturbé !
D’après MMR et le site Arte qui héberge son blog, mes propos sont diffamants, de mauvaise foi et sans intérêt, malveillants et agressifs, tout le portrait de Vert Béret, alors qu’on vient à peine de faire connaissance. J’avoue ne pas être particulièrement fier de ce commentaire pas bien méchant justifiant le courroux des videurs d’Arte, et je conçois que dans leur petite cervelle ils n’aient pu croire un seul instant qu’une huile « industrielle » puisse être meilleure qu’une huile marketé « bio », d’ailleurs ma suggestion s’est trouvée immédiatement contestée par un commentateur admiratif du travail de MMR. Malveillants, peut-être, de là à trouver mes propos diffamants... Quant à la mauvaise foi… on la trouve chez les altermodérateurs d’Arte en état de vigilance maxima, tels des autruches dont les yeux sont plus gros que le cerveau, prompts à la censure en même temps qu’ils font la promo de débats participatifs. Bon Prince, MMR a tout de même rétabli mes commentaires censurés par les larbins de garde ce week-end ; la renarde sait que dans le monde médiatique, mieux vaut être agressé qu’ignoré. Ma peine commuée en sursis, la sentence me paraît équitable ! Merci Marie, tu vaux tout de même mieux que les sbires d’Arte.
Aussi me suis-je senti obligé de justifier l’impair de cette manière: « Mon propos n'est pas de défendre Monsanto, je crois d'ailleurs que les OGM ne sont pas très au point (trop difficile ?). Seulement derrière le bouc émissaire Monsanto je vois se profiler une accusation envers l'agriculture dite "productiviste" et je me sens un peu visé par les arguments de MMR... (Anti-pesticide et autres). C'est la raison pour laquelle j'interviens, car je crois que mes collègues ne le feront pas, ils n'ont pas encore compris qu'après Monsanto c'est eux qui seront sur la sellette, pour l'instant ça les arrange bien que vous attaquiez une multinationale U.S. Je pense que le travail de MMR est utile, qu'il y ait des gens sans scrupules chez Monsanto ou ailleurs n'étonnera personne. »
En effet, l’agriculture « productiviste » qui permet de nourrir tout un tas de feignants est condamnée et les agriculteurs dits conventionnels devront choisir le servage ou la guillotine : « Le retour à l'agriculture biologique est la seule solution: pour les paysans mais aussi pour les consommateurs. » appelle Marie Monique Robin. [4]
Cette phrase absolument remarquable devrait déclencher l’intérêt du sociologue en vol stationnaire au-dessus de son blog, ou d’un psychologue, et mérite toute votre attention : la journaliste ne propose pas d’aller vers l’agriculture bio, mais d’y RETOURNER ! [5] Le retour au Moyen-Âge avec Jeanne d’Arte au buffet, il y a de quoi s’enflammer…
Notes : Dernière minute : comme prévu, la Croisade contre le Roundup vient de démarrer sur le site de madame. [2] Psychothérapie de groupe, dont vous pouvez trouver une illustration dans la vidéo d’un précédent billet (19 juin). [3]http://www.campagnesetenvironnement.fr/produits-de-qualite-ou-produits-ecolos-il-faut-2047.html [5] Aujourd’hui 30 juin sur France Inter, un invité, le représentant des gentils qu’on n’interrompra pas pendant l’émission, prétendait que la suppression des jachères était une mauvaise chose, car la terre a besoin de se reposer : un argument déjà entendu au 19ème siècle alors que la culture du trèfle s’imposait, mettant fin aux jachères…
Article Modifié le mardi 01 juillet 2008 à 18:47
Posté mardi 01 juillet 2008 à 17:33
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Posté samedi 28 juin 2008 à 23:15
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Cadeau des écologistes aux concessionnaires automobiles
Billet 126
Graphique : cours du pétrole
Le « succès » du plan bonus malus, pour décourager l’achat d’automobiles émettant trop de CO2 et encourager les automobilistes à se tourner vers des « véhicules propres », guillemets de rigueur puisque les automobiles émettant le moins de CO2 ne sont pas forcément les moins polluantes, Diesel oblige, est en réalité un échec. Cette mesure sensée être neutre pour le budget de l’Etat coûte déjà plusieurs centaine de millions d’euros dés le début de sa mise en oeuvre, l’effet d’aubaine ayant joué à fond, l’Etat a dû distribuer beaucoup plus de bonus qu’initialement prévu. Un plan foireux dont l’impact sera difficile à évaluer, l’augmentation du prix des carburants à la pompe pesant de plus en plus dans la motivation d’achat de voitures moins gourmandes, une tendance de fond que l’Etat ne fait qu’accompagner maladroitement. Ce faux pas, personne n’en dit mot de crainte qu’on ne lui retire ses subventions… de fait, l’annonce quasi hebdomadaire de nouveaux plans auxquels les ministres qui se succèdent adorent accoler leur nom, peu importe le résultat, maison à cent mille balles et autres rêves de fonctionnaires, participent du grand gaspillage que d’autres s’épuisent à dénoncer depuis des décennies, vainement.
Où l’on retrouve nos amis du CNASEA…
Incroyable mais vrai : à quels grands spécialistes a-t-on confié la gestion du dispositif bonus-malus écologique ? Au Centre National pour l'Aménagement des Structures des Exploitations Agricoles, distingué par sa gestion de la…PAC, la Politique agricole commune !
Cadeau bonus
Gaspillage toujours avec l’amende que la France traîne depuis mars 2001, date de la directive européenne sur les OGM que nous mettrons sept ans à retranscrire en Droit français, 233 764 euros par jour de retard si la Cour européenne applique les pénalités réclamées par le procureur. Faites le calcul : environ 630 millions ! Merci du cadeau !
http://www.cnasea.fr/accueil/homepage.htm
http://www.impots-utiles.com/bonusmalus-ecologique-un-beau-bordel-organise-par-letat.php
Article Modifié le dimanche 22 juin 2008 à 21:54
Posté dimanche 22 juin 2008 à 12:55
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Billet 125
Les producteurs argentins de soja transgénique résistant au Round-up© de Monsanto et qui pratiquent le semis direct doivent faire face à la propagation, semble-t-il inéluctable, d’adventices devenus impossibles à détruire avec cet herbicide. Après le refus des producteurs canadiens de cultiver le blé Round-up© Ready pour des motifs de débouchés inexistants, et la quasi interdiction du maïs OGM en Europe, voilà une épine supplémentaire dans le pied de la multinationale qui devrait réjouir madame Marie Monique Robin.
Qu’elle ne s’enthousiasme pas trop vite, ces producteurs ne vont pas se tourner vers l’agriculture labellisée « bio » pour autant.
Plus vraisemblablement, les Argentins devront renouer avec les techniques que les Européens n’ont jamais abandonnées, la pratique des assolements par exemple, et leurs coûts de production s’aligner sur les nôtres. Une chance à saisir pour la culture des protéagineux en France, malmenée depuis dix ans par les importations de soja transgénique et qui devrait profiter également du renchérissement du coût de l’énergie.
Le marché, inutile d’ajouter « libre », un marché est théoriquement libre [*], ou mieux les marchés montrent une fois de plus qu’ils restent les meilleurs arbitres en sanctionnant tôt ou tard un producteur que ses choix librement décidés ont conduit dans une impasse et auquel il ne reste plus qu’à se hâter de trouver l’inspiration ailleurs, alors qu’il y a peu de temps les coopératives françaises faisaient voyager leurs adhérents à la découverte du… miracle argentin !
Notes : [*] Un marché ne signifie pas l’absence de règles, bien au contraire… les marchands ont une patente, les balances sont contrôlées et l’ordre public y est garanti.
Sources : - La France agricole du 20 juin 2008 : « Résistance préoccupante au glyphosate : La dissémination d’une espèce de sorgho sauvage résistant au désherbant, entraîne des coûts supplémentaires aux producteurs. » - Le blog de Marie Monique Robin : http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getHomePage
Posté vendredi 20 juin 2008 à 16:51
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Billet 124
Chaque année à l’approche de la moisson on observe un rituel chez les exploitants agricoles : la recherche d’un ou plusieurs saisonniers, légaux de préférence, il s’avèrerait délicat d’embaucher un Malien conducteur de chameau sans papiers vite repéré par le voisinage, si ce n’est dans les cuisines obscures d’un restaurant à Neuilly-sur-Seine ou Aubervilliers, zones pas franches.
Si on me demande pourquoi diable j’envisage d’employer un conducteur de chameau dont le profil professionnel ne parait pas convenir de prime abord sur l’exploitation, je rétorquerais qu’après tout, quand un restaurant gastronomique recrute un sorcier on n’en fait pas tout un plat, on régularise au cas par cas, sans même infliger au patron délinquant les 15000 euros d’amende et d'éventuelles années de prison, jusqu’à cinq prévues par la loi pour les moins chanceux qui se sont fait pincés en d’autres circonstances.
Si l’on me soumet qu’il y a déjà assez de demandeurs d’emploi réguliers et qu’il suffit de se pointer à l’ANPE locale pour mettre la main sur le bon numéro, alors de relater mon intrusion dans cette noble institution par une belle journée de juin 2007, quand bien même cela mettrait en lumière la fourberie dont j’ai pu faire preuve en la circonstance :
Ce jour là l’Agence locale est animée. C’est la saison durant laquelle les étudiants cherchent un job pendant que les travailleurs qui ont un CDI bouclent leurs valises et font la pression des pneus de leur auto, la période est donc propice. Je me fraye un chemin vers le guichet « accueil » d’un air détaché et, en attendant l’arrivée d’un employé, je fais tourner un présentoir rempli de prospectus tout en jetant un œil ici ou là pour m’imprégner de l’atmosphère. Les gens consultent les panneaux avec des offres d’emploi et le sentiment d’être comme un capitaine de chalutier venant de repérer sur son radar un banc de poissons me gagne. Repéré à mon tour, une gentille dame s’enquiert de ma visite : je cherche un employé pour l’été, possédant de préférence le permis de conduire, que je lui demande d’une voix suffisamment forte et claire pour être entendue jusque dans les toilettes de l’établissement : Instantanément une dizaine de visages se tournent vers moi, j’enchaîne alors d’une voix plus douce et tout sourire, c’est pour m’aider durant la moisson… aussi sec, les visages que je sentais braqués se sont changés en dos, un demi-tour collectif effectué aussi parfaitement qu’au défilé de la fanfare des pompiers. Pas de Malien à l’horizon faut dire, rien que des cadres supérieurs ?
Après avoir laissé mes coordonnées à la gentille dame, le lendemain je suis allé quérir des renseignements à la « maison de l’élevage » qui a l’habitude des saisonniers, mais arrivé à l’improviste vers neuf heures et quelques, je n’ai pas fait un tabac au milieu des gobelets de café fumant.
Qu’à cela ne tienne, il me reste les petites annonces à coller prioritairement au Tabac PMU Loto, dans les grandes surfaces, chez le boulanger et au guichet de la station-service, même que j’aurais dû commencer par là : d’expérience, c’est la meilleure façon de dégoter un fils de chômeur, le chômeur prenant des vacances comme tout le monde j’ai fait une croix sur celui-ci, combien même la conjoncture s’annonce des meilleures, le taux du chomdu dans les proches alentours ayant bondi significativement depuis qu’une cinquantaine de pauvres ouvriers ont été mis sur le carreau de l’usine, la plupart sans aucune qualification et avec des traites à payer sur la maison, sachant que les meilleurs d’entre eux disposent d’un permis poids lourds ils ne devraient pas avoir trop de difficulté à s’adapter. Aucun n’est intéressé tant que les allocs tombent. Un artiste citoyen pourrait signer ce tableau allégorique sur les murs de la cité HLM: un type dans son champ en train de s’activer à sauver sa récolte pendant que cinquante autres observent le manège d’un œil distrait en grignotant des cacahuètes autour d’un barbecue, scène inimaginable du temps d’mon pé mais réaliste avec tous ces pavillons au milieu des champs. Et en plus ils vous téléphonent parce que vous faites de la poussière ou du bruit !
Mon piège fonctionne finalement: une sardine vient de se prendre dans les filets. Papa chômeur me l’a amené (de force ?) avant de rejoindre en Bretagne d’aimables cousins pour des vacances à prix discount, me confiant le meilleur élément de sa progéniture. Le jeune garçon qui n’a pas dix huit ans a effectué un stage en alternance chez un éleveur qui préfère employer un de ses proches durant l’été plutôt que lui proposer le job. Alors ce jeune homme qui a besoin de remplir sa tirelire pour payer ses leçons de conduite fait tout de même l’impasse sur les vacances, pas mécontent non plus d’être débarrassé un temps de ses parents et profiter ainsi du régime de semi-liberté, une nouveauté pour lui. Nous nous sommes bien entendu durant l’été et il reviendra cette année m’a-t-il confirmé dés janvier.
Quand il s’agit de faire la moisson il est en effet plus facile moins difficile de trouver un jeune lycéen qu’un type entre 20 et 50 ans voire un jeune retraité, ceux-ci préférant travailler de temps en temps au black et conserver allocations, R.M.I et le cortège d’aides au non retour à l’emploi :
« Actuellement un RMIste qui reprend du travail perd non seulement le RMI mais aussi la CMU complémentaire, l’exonération de taxe d’habitation, de redevance audiovisuelle, de CSG-CRDS, une réduction sur sa facture de téléphone, et différentes aides locales, comme la gratuité des transports, des tarifs spéciaux de cantine pour ses enfants, des aides pour la crèche, la prise en charge de l’eau, du gaz et de l’électricité (de 30 à 50 %), la garde d’enfants pendant sa formation, des tickets loisirs, la suspension de ses dettes fiscales, des aides pour le permis de conduire, des distributions de nourriture et de vêtements. Il perdra sans doute aussi son « micro crédit professionnel » de 3 000 euros et le paiement de ses loyers par le Fonds de solidarité pour le logement. » [*]
On ne s’étonnera donc pas de l’absence de personnel dans les exploitations agricoles ni le gigantisme du matériel qui nous est souvent reproché.
EPILOGUE ?
Mon jeune vient de m’appeler car il s’inquiète des formulaires légaux à remplir d’ici le premier juillet, date d’embauche, et se propose de me rencontrer. Inutile, je n’ai qu’à reprendre les informations de l’année dernière, numéro de sécu et autres, je lui réponds. Ensuite il m’apprend qu’il ne viendra travailler qu’à partir du 7, pour cause de stage pompier déjà prévu depuis plusieurs mois. Dans sa famille que je fréquente depuis la communale, on est pompier et cégétiste depuis toujours, la tradition a quand même du bon en cas d’incendie, par contre concernant le boulot, y’a pas l’feu visiblement.
* Citation : http://www.objectifliberte.fr/
Article Modifié le jeudi 19 juin 2008 à 16:41
Posté jeudi 19 juin 2008 à 16:28
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Teniers le jeune « Scène champêtre » XVIIième
Posté lundi 16 juin 2008 à 22:55
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Billet 122
Le ministre de l’agriculture Michel Barnier annonce qu’il va falloir trouver 100 millions pour une nouvelle usine à gaz bureaucratique qui consistera entre autres à envoyer des conseillers sur le terrain pour réaliser un diagnostic énergétique des exploitations: arriveront-ils à la ferme en vélo ou en bus ? Question subsidiaire : le ministre nous prend-il pour des abrutis ? La réponse suit…
D’après www.agrisalon.com
« Michel Barnier a annoncé la volonté de l’Etat d’accompagner financièrement la mise en place de diagnostics énergétiques pour 100 000 exploitations en 5 ans. »
En premier lieu nous retrouvons la caractéristique du socialisme, consistant à se donner des objectifs que l’Etat n’est pas du tout certain d’atteindre, raison de plus pour mettre tout le monde à contribution :
« Il a demandé à ce que l’ensemble des familles professionnelles s’associe au financement d’un fonds de soutien spécifique au conseil énergétique agricole. »
L’Etat qui n’est pas totalement étranger à la cherté des carburants via les taxes, annonce qu’il va prélever des taxes supplémentaires sur les « familles professionnelles » pour la création d’un fonds destiné à parer à l’augmentation du prix de ces carburants déjà fort taxés. Ouf. Surtout Michel Barnier envisage de taxer les principaux intéressés, c’est-à-dire nous autres, puisqu’il ne s’agit que d’un accompagnement financier par les « familles » professionnelles. On touche le fond doublement là, puisqu’il faudra soustraire de l’argent du premier pilier de la PAC et faire fondre vos DPU (droits à paiement) comme s’il s’agissait de l’or en barre, des aides dont je rappelle qu’elles ont été instituées afin d’assurer un revenu décent aux agriculteurs et faire accepter le projet européen par les populations.
« Il a indiqué qu’il saisirait le commissaire à l’agriculture Mariann Fischer Boel pour étudier la possibilité d’un accompagnement communautaire de soutien aux mesures d’amélioration de la performance énergétique des exploitations agricoles. »
Admirez la tournure de phrase diplomatique du zéropéen Barnier à genoux devant l’autel: « il saisirait… pour étudier... la possibilité… d’un accompagnement…. de soutien… mesures d’amélioration ». Gageons que Mariann lui enverra une fin de non-recevoir, je vous donne rendez-vous d’ici quelques semaines : les priorités agricoles sont-elles partout les mêmes en Europe ? Et qu’a pensé la Fée FNSEA de notre génie des carpettes ?
« Les organisations agricoles ont salué cette annonce, mais déclaré attendre une "contribution" ou "un engagement clair" de ces professionnels. »
L’enthousiasme se lit dans les propos de Lemétayer, on peut parier d’ors et déjà que le patron de la FNSEA adepte de la bureaucratie participative a contribué à l’élaboration de ce plan maléfique : taxons taxons !
« Tout en qualifiant ce plan d'"important", Jean-Michel Lemétayer, (l’important) président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), a regretté qu'on "n'ait pas un engagement clair du monde pétrolier, du monde de l'énergie et du monde des engrais pour financer le plan diagnostic annoncé par le ministre". »
Le « monde pétrolier », le « monde des engrais » que les deux vampires veulent mettre à contribution pour financer quoi déjà, un « conseil énergétique agricole », comment croyez-vous que ces fournisseurs d’intrants vont répercuter leurs contributions financières si ce n’est sur le dos de leurs clientèles, agriculteurs, pêcheurs, routiers, etc. ?
Barnier et Lemétayer ont manifestement adopté la stratégie du pickpocket, détournant votre attention, ho regardez les grOOSSSes entreprises, ho la grosse bleue, tout en vous faisant discrètement les poches dans le but d’entretenir la cohorte de parasites qui moisissent à l’ombre des bureaux. Chapeau les illusionnistes.
Donc la réponse à la question « le ministre nous prend-il pour des abrutis ? » est :
Oui, mais pas plus que le syndicat.
Article Modifié le mercredi 11 juin 2008 à 16:18
Posté mercredi 11 juin 2008 à 15:56
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La vraie richesse est à l’extérieur
Blé tendre.
Posté mardi 10 juin 2008 à 18:16
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La vraie richesse est à l’intérieur
Billet 120
« Le PIB mélange des avantages et des inconvénients pour la société. En effet, La canicule, la consommation énergétique ou les problèmes de santé publique font monter le PIB. C'est la raison pour laquelle il faut élaborer d'abord à côté du PIB, et j'espère un jour à sa place, l'indicateur de bien-être économique ou le PGI. » Corinne Lepage.
Formidable ! Le peuple s’appauvrit – le PIB n’augmente guère plus que l’inflation ou la démographie - mais Corinne, favorable à la réflexion sur des indicateurs de "bien-être" demandée par le président Nicolas Sarkozy au directeur général de l’INSEE, Jean-Philippe Cotis, a trouvé le moyen de faire croire qu’il s’enrichirait avec la mise en œuvre de l’écologie politique ! Certes, les statisticiens utilisent depuis longtemps des indicateurs tel l’indice de développement technologique ou humain d’un pays ou bien le revenu par tête, parmi des centaines utiles à compléter le PIB. Toutefois, dans l’optique d’une comparaison des richesses nationales, vouloir remplacer le Produit Intérieur Brut par la mesure d’un Produit de la Gaîté Intérieure intégrant toutes sortes de paramètres à définir, parmi lesquels la qualité des infrastructures publiques, le temps libre ou les émissions de CO2, nous exposera à considérer le sort d’un parieur de PMU au chômage plus enviable que celui du trader surmené collectionnant des vieilles Ferrari le week-end. Le PGI, c’est pour nos enfants le bonheur enfin garanti dans les statistiques.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/PIB
Article Modifié le dimanche 15 juin 2008 à 15:40
Posté mardi 10 juin 2008 à 18:10
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Billet 119
Les personnels des offices agricoles [1] viennent d’exprimer par la voix de leur intersyndicale leur malaise devant les perspectives qu’ils jugent inquiétantes pour leurs emplois. Avec le non – remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et la réorganisation de l’administration, Sarkozy s’est en effet mis à dos le lobby le plus routinier et le plus puissant de France : un salarié sur cinq est fonctionnaire. Alors qu’il est courant de parler de lobby agricole à propos des 500,000 agriculteurs et éleveurs, vous n’entendez jamais les politiques ou les Médias user de la formule pour ces 5 millions de fonctionnaires qui se posent rarement la question de savoir pour qui ils doivent voter.
Blocage des aides PAC
« Faute d’une réponse concrète et rapide de l’administration […] sur la garantie de l’emploi », affirme un communiqué commun, les syndicats menacent, après leur refus de participer au comité technique paritaire « de bloquer le versement des aides à l’agriculture et à la pêche ». Le communiqué appelle également les agents du Cnasea [2] à se joindre à l’action des syndicats (Cgt, Cfdt, Cftc, Sygma-Fsu, FO, Cfe-Cgc)… Déclaration faites le 27 mai, quelques jours avant que je ne reçoive de l’A.U.P (l’agence gérant les aides PAC) un formulaire qu’il aurait fallut que je dépose à la D.D.A avant le 15 mai…
Emploi garanti à vie
Avec tous les ponts l’administration a bien du mal à tenir les délais ! Pourtant les fonctionnaires de l’agriculture ne manquent pas : En 1970 il y avait 28,000 fonctionnaires en agriculture pour 2,8 millions de paysans, soit un pour cent. Trente années plus tard, ils étaient 35,000 alors que nous n’étions plus que 630,000, ce qui fait un fonctionnaire « agricole » pour 18 paysans d’après le magazine économique Challenges [3]. De 2001 à 2008 on enregistre près de 100,000 exploitations de moins, nulle garantie de l’emploi en l’agriculture. Pour la coordination Rurale, si la tendance se poursuit elle aboutirait à ce que la courbe de la démographie agricole et celle des fonctionnaires de l’agriculture se croisent en 2025, date à laquelle il ne resterait plus beaucoup d’agriculteurs à administrer…
Un pour tous, tous pour un
Un décompte réalisé par les J.A en 2004 faisait état par ailleurs de 165,000 emplois dans la catégorie « salarié des organisations » qui comprend la mutualité, le crédit et tous les affiliés MSA des organisations agricoles. Selon le rapport d’orientation du congrès des Jeunes Agriculteurs [4], on comptait en 1991, 1 salarié dans les services (hors coop.) pour 7,1 chefs d’exploitation. En 2000, le rapport était devenu 1 pour 4,63. « Face à la multitude des services et des organisations, alors qu’il y a de moins en moins de paysans, nous devons nous interroger sur les services dont les agriculteurs ont réellement besoin. » avait exprimé Jérôme Despey, Président des J.A.
Vases communicants
Les nouvelles exigences de la P.A.C seront – elles compatibles avec une réduction des effectifs des administrations et offices agricoles ? Avec ses règles de plus en plus strictes et des contrôles toujours plus tatillons, la montée en puissance du deuxième pilier de la PAC annonce la mise en œuvre progressive de la conditionnalité et de l’agriculture raisonnée. Donc nous sommes arrivés aujourd’hui à cette contradiction apparemment insurmontable où la réduction des effectifs de fonctionnaires va à l’encontre de la bureaucratisation générée par la conditionnalité des aides. Et c’est là que le syndicalisme agricole pointe son nez, les Chambres d’agriculture, les coop faisant valoir leurs compétences et un intérêt certain à relever le défi administratif. J’en vois parmi vous regretter déjà les fonctionnaires…
Notes :
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Office_agricole
Attention, la liste fournie ne me paraît pas à jour.
[2] http://www.cnasea.fr/accueil/cadre_domaines.html
[3] 4 octobre 2001
[4] du 22 au 24 juin 2004
Article Modifié le mardi 03 juin 2008 à 11:57
Posté lundi 02 juin 2008 à 18:03
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"Il y a certaines vérités qu’il ne suffit pas de persuader, mais qu’il faut encore faire sentir."
MONTESQUIEU (1689-1755)