Billet 252
Ne faut-il que délibérer,
La cour en conseillers foisonne;
Est-il besoin d'exécuter,
L'on ne rencontre plus personne.
Comédie en un acte.
Scène 1
Gugus est un paysan qui a pour manie de labourer jusqu'au macadam. C'est de famille. Evidemment les chemins offrent une moindre résistance aux fers du cultivateur mais n'en déplaise à Gugus, dépasser les bornes n'est pas toujours sans conséquences, et Béret avait finalement cru bon le lui faire remarquer, bien gentiment, qu'après avoir arasé le talus son chisel avait tendance à venir régulièrement gratter cette voie stratégique, puisqu'il s'agit à la fois du chemin le plus emprunté par les promeneurs et d'une piste sur laquelle deux voitures pouvaient se croiser en se rangeant un peu. Dorénavant il est limite pour un tracteur aux standards actuels et correctement chaussé.
Ceci ne s'est pas réalisé en un jour mais à ce rythme dans dix ans il n'y aura plus de chemin. Décimètres par décimètres, à force de grignotage - Gugus avait aussi arraché une de ses bornes en cultivant - le chemin s'était vu amputé d'une bonne moitié de sa largeur au fil des ans, et je savais que ce n'était pas le premier chemin à en faire les frais. De plus, les passages d'épandeur à fumier l'hiver, alors qu'il dispose d'un autre accès plus haut faisaient que le chemin se recouvrait progressivement de limon depuis que Gugus avait fait un sort au maigre talus, ajouté à cela le tas de fumier dégoulinant à cinquante mètres pile de la station de pompage du réseau public d'adduction d'eau, la voie, pourtant refaite avec un très grand soin, scrapers et tout le toutim, en même temps qu'un arpentage quinze ans auparavant, sous l'égide du « propriétaire » d'alors, l'association foncière crée pour maîtriser les travaux connexes à la création d'une autoroute dans ce secteur, en était sérieusement dégradée.
Béret n'avait pas trop rien dit non plus quand il avait vu cette borne arrachée, après tout celle-ci délimitait le fond voisin du chemin, le champ de Béret et les bornes qui vont avec et sont situées de l'autre côté n'ayant bougés d'un pouce.
Toute chose ayant sa fin, alors qu'il arrivait travailler dans son champ Béret surprit une fois de plus Gugus occupé à bien nettoyer ses bordures à grand coups de râteau, sapant comme à son habitude les berges du chemin à chaque tour de canadien. Cette fois ce fut trop et Béret signifia vertement au malotru, après les politesses d'usage, qu'il serait bien de restituer les deux mètres déjà disparus en largeur, un seul mètre ne serait déjà pas si mal, en même temps qu'il désigna une borne arrachée quelques années auparavant, posée négligemment dans l'herbe au pied du tas de marne à Gugus.
Cela n'eut pas l'heur de plaire à ce dernier qui, n'ayant jamais reçu d'ordre ni de conseil de sa vie, ne comprenait pas que l'on puisse avoir un avis différent du sien surtout si l'on était de la même corporation : Les chemins c'est pour les promeneurs clama-t-il comme à son habitude, et moins il y a de promeneurs, mieux on se porte. Si je ne pouvais qu'approuver la deuxième partie, je lui rappelais tout de même que les autres usagers risquaient de ne pas être de son avis, d'une, deux que l'état actuel de la voie, réduite à deux mètres cinquante à peine et cabossée, s'était bien dégradée en dépit des petites remarques, je devrais dire des allusions que je lui avais adressées lors de nos bavardages sur un ton plus amical. Quel regret de ne pas avoir pris de photographie de la piste lors de sa réfection... Devrais-je faire intervenir la municipalité, actuelle propriétaire du chemin où j'étais sûr de trouver une alliée en la personne du maire, très attachée à sa coulée verte bien qu'elle n'y mettait jamais les pieds ? Sans surprise le dialogue s'avéra inexistant et nous conduisit directement à la scène finale et champêtre, avec le maire qui nous convoqua, ainsi que son adjointe, le président de l'ex-association foncière, plus deux autres riverains ayant eu vent de l'affaire et qui ont tenu à venir présenter des doléances aux miennes identiques, donc mes alliés de circonstance, enfin les derniers arrivés sur les lieux en gueulant, Gugus et son père, convoqués eux aussi par un courrier du maire. On allait voir ce qu'on allait voir...
Scène 2
Et ce qui devait arriver arriva. Avez-vous lu « Guerre des Gaules » de Jules César [2], ou déjà assisté à une réunion entre pros et anti-éoliennes ? Car nous n'étions point venus pour écouter, dispersés par paires aux quatre coins nous ne risquions pas plus de nous entendre, aussi il me sera difficile de vous faire un résumé. En est sorti tout de même une conclusion par la bouche de l'autorité municipale : Béret avait entièrement raison et Gugus fut prié de restituer la borne et le talus, ce qu'il admit d'un hochement de tête. Seulement il est apparu que nous ne voulions pas formaliser cet accord sur un bout de papier (on est un peu fainéant et pas très organisé) ni régler des frais de bornage puisque aucun d'entre nous ne l'a revendiqué, il aurait donc fallu à minima que l'engagement pris par Gugus fût clair et sans ambiguïté, si possible d'une voix intelligible, entendu par les gens qui ont bien voulu effectuer le déplacement, mais dans ce brouhaha...
Enfin je n'insistais pas plus, déjà satisfait d'avoir pu ridiculiser au passage le président de l'association foncière dont la proposition après avoir fait un constat identique à celui du maire, avait été de tracer une ligne imaginaire au milieu du chemin - il avait oublier son plan - comme nouvelle base et de reprendre à partir de là une largeur égale de chaque côté... et ceci pour le bien commun, revenant à amputer mon champ et détruire des bornes jusque-là préservées ! Ahurissant !
Epilogue
Qu'en reste-il deux années plus tard ? La décision n'a pas été appliquée et cela va bien comme ça, le maire a quitté son village et les autres protagonistes ont apparemment perdu la mémoire. En ce qui me concerne je n'en rêve pas la nuit, mais j'ai tout de même reçu il y a quelques jours un coup de fil de la mairie me reprochant d'avoir détruit une borne dans une autre parcelle dont ils recherchent actuellement la limite. Tiens, je croyais que ce n'était pas important, les bornes ? En fait, c'était simplement un prestataire de la mairie qui ne l'avait pas trouvée et qui avait perdu sa matinée à chercher cette fichue borne qui crève pourtant les yeux, l'ayant moi-même matérialisée à l'aide d'un piquet d'un mètre et peint en rouge parce que les cantonniers la détérioraient régulièrement avec le broyeur... Ah, j'vous jure, ces Gaulois !
[1] Jean de la Fontaine, "Conseil tenu par les rats" :
http://www.lafontaine.net/lesFables/afficheFable.php?id=24
[2] « En Gaule, non seulement toutes les cités, tous les cantons et fractions de cantons, mais même, peut-on dire, toutes les familles sont divisées en partis rivaux »
Jules César, "Guerre des Gaules", livre VI - 11
Article Modifié le dimanche 07 février 2010 à 16:34
Posté dimanche 07 février 2010 à 16:19
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Billet 251 Sortie de crise
Les collectivités locales serrent la vis sur le terrain, exception faite pour le bio. Heureusement tout n'a pas été dépensé : il reste 70,000 euros, qu'en faire ? Soigner les corps intermédiaires ? Malgré la crise, certains n'ont nullement l'intention de se serrer la ceinture ou de se priver de sorties : Ainsi la Fédération Nationale Bovine (FNSEA) a-t-elle trouvé sans mal les 250,000 euros nécessaires pour son congrès annuel à Angers: Une note qui revient à 500 euros par tête de pipe, l'année débute sous les meilleurs auspices pour les congressistes de la FNB. Qui payent ? Les organismes consulaires, Chambres d'agriculture en français, y vont eux de leurs 30,000 euros de subvention. Les « organismes agricoles à caractère mutualiste ou de service » participent à hauteur de 75,000 euros. Merci qui ? Il y aura peut-être une distribution de casquettes et là on le saura. La FNSEA redoutable au poker menteur, mise seulement 3000 euros, pour voir. L'essentiel est de participer, a prôné l'inventeur des J.O...
Fichier à télécharger : beretvert677.pdf
Article Modifié le mardi 02 février 2010 à 22:17
Posté mardi 02 février 2010 à 21:16
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Billet 250
« Cette année, on a pas récolté une botte de foin ». C'est en lisant dans Libération* la détresse de José, agriculteur au Larzac, que le Président Etienne Sarkozy Kennedy Darti, troisième du nom, émit le souhait de se rendre sur place afin de prendre la mesure de la situation.
Fort ému à l'issue de sa visite le Président décide d'une nouvelle loi d'orientation de l'agriculture, « objectif 2039 », dévoilée lors d'un discours prononcé l'année suivante au Sovkhoze « Solidarité » de Montredon le 1er avril 2029 :
« Le drame de Saint-Affrique, c'est que l'homme du Larzac n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan du Lot, qui depuis le départ des militaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet univers où la nature commande tout, il échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais l'homme à la pipe de Montredon reste immobile au milieu de ses moutons dans un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance. Jamais l'alter ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'esprit de sortir de la répétition pour démocratiser sa production, la rendre accessible à plus de consommateurs et pas seulement à quelques privilégiés, et tout ça pour gagner combien ? Le Smic. Ses toilettes sèches ne suffiront pas plus à endiguer la sécheresse que sa pipe à fumer le jambon. Le problème du déclin de la production fromagère en 2029 et permettez à un ami de l'Aveyron de le dire, ne réside pas que dans ses toilettes. Le défi économique et climatique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire, afin de relever celui de dix milliards de bouches à nourrir et autant à abreuver. Nous ne pourrons éternellement fournir à Bové le foin dont il a besoin, ni mobiliser plus longtemps nos militaires à cette tâche. Le problème de José Bové, c'est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l'éternel retour, c'est de prendre conscience que l'âge d'or qu'il ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu'il n'a jamais existé. »
Nicolas Sarkozy, extrait du discours de Dakar légèrement trafiqué.
* Interview de José Bové dans Libération, 6 mars 2007
Article Modifié le vendredi 29 janvier 2010 à 10:09
Posté jeudi 28 janvier 2010 à 18:15
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Billet 249
Haïti ? Non, la France. Un champ de blé a cédé la place au dépotoir d'un artisan maçon contraint de déménager hors la vue des passants, vers cette zone d'activité en apparence sismique.
Article Modifié le samedi 23 janvier 2010 à 21:18
Posté samedi 23 janvier 2010 à 16:42
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Billet 248 La tolérance, il y avait des maisons pour cela. Depuis elles ont été remplacées par les studios de télévision.
De nos jours, en gros depuis que la Gauche à la main mise sur les médias et l'éducation, cela fait donc une bonne cinquantaine d'années - depuis la Libération en fait - des maîtres à penser nous apprennent - à coups de massue idéologique - que la tolérance envers l'autre est l'apanage de la Gauche, la Droite se réservant l'exclusivité de l'intolérance, la cupidité, l'injustice...etc.
Avez-vous déjà vu sur un plateau de télévision par exemple, un artiste, un sociologue, un historien ou un journaliste, qui que ce soit en fait, proclamer fièrement se situer à Droite ? Non. Partageant les valeurs de la Gauche humaniste nos « intellectuels » s'empressent, la main sur le cœur, de rappeler qu'ils sont de gauche dés qu'un interlocuteur les soupçonne au détour d'une phrase malheureuse de faire le jeu - l'expression à la mode est de déraper - et de reprendre les idées nauséabondes de la Droite et faire ainsi le lit de l'extrême-drouâte.
De ce fait, la lecture de ces quelques lignes d'un interview au Nouvel Observateur (de Gauche) d'une sociologue réputée (de gauche, est-il utile de le préciser) à propos d'une étude sur la tolérance notamment au sein des couples est bien croustillante :
N. O. - « Une ouverture d'esprit assez rare, s'aperçoit-on en vous lisant, au moins chez les électeurs de gauche.
A. Muxel. - Oui, c'est un des résultats qui m'a le plus surprise. J'ai trouvé chez les électeurs de gauche, généralement si prompts à prôner les idées d'ouverture, une relative intolérance à la différence. Il semble y avoir une plus grande impossibilité à envisager des liens d'amour avec quelqu'un qui a d'autres opinions politiques. Ils disent en substance : on ne peut pactiser avec le diable ! C'est cette enseignante à la retraite qui confesse qu'à chaque fois qu'elle rencontre un homme de droite, elle a envie de le tuer. Cette femme qui affirme qu'elle ne pourrait jamais tomber amoureuse d'un partisan de Sarko. Ce jeune normalien qui explique carrément que l'amour ne peut pas être de droite. »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Muxel
Article Modifié le mardi 19 janvier 2010 à 19:42
Posté mardi 19 janvier 2010 à 12:00
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Billet 247 Saga Africa, ambiance de la brousse...
Ah ! Si quelqu'un me l'a déjà reproché, je ne suis pas le seul à causer de l'Afrique et des Africains. Rien qu'à la télé j'en ai vu moult reportages, pas un jour sans. Lundi, sauvetage de gorilles traqués par les braconniers. Mardi, secours aux petits enfants assis sur le sable. Le jour suivant, alors que je m'élevais contre Total au Nigeria lors d'émissions spéciales, j'ai pu enchaîner direct sur l'autre chaîne contre la pollution et l'exploitation avec un Hulot envoyé spécialement, puis le jeudi j'ai dénoncé les dessous de la Francafric et enfin j'ai clos la semaine sur Arte avec des compléments d'enquêtes sur le néocolonialisme et les dictatures marionnettes de l'Occident. Forcément j'en ai parlé au bureau au retour du week-end, dénonçant autour de la machine à café les Belges au Congo, les Afrikaners, la corruption, Charles Pasqua et maintenant les Chinois dans le collimateur, avant de m'envoler au-dessus de la canopée la semaine suivante. De l'avion de Cactus-Bertrand j'ai pu voir la désertification, la sécheresse, observer les migrations, analyser et décortiquer le cauchemar de Pétaouchnoc lors de soirées spéciales. C'est bien simple, j'ai tout vu, en high definition, les buts de la coupe d'Afrique de football, les malheurs et l'espérance. J'en sais plus sur le Sénégal que sur le Portugal. Enfin c'est ce que je croyais.
Ce n'est pourtant pas faute d'avoir partagé la vie quotidienne des tribus, les après-midi de ma retraite à crapahuter derrière les caméras des ethnologues, sur les pas des people en prime time, doublant le cap de Bonne espérance à vélo avant de rejoindre Zanzibar en longeant la côte, sans oublier de faire un crochet au Malawi pour féliciter Madonna la généreuse. Tous à Zanzibar ! Infatigablement j'ai erré dans des bidonvilles écrasés de chaleur, marché dans la boue au beau milieu des crocodiles, traversé des déserts arides sous un soleil de plomb, abreuvé un dromadaire, creusé au fond d'une mine de diamants avant de participer aux cérémonies secrètes du Vaudou, de déterrer les morts et d'égorger des poulets en respirant des fumées, danser autour d'un feu, et finalement goûter à d'étranges breuvages fait de recettes magiques. Imprégné de l'Afrique je pouvais en causer à mon tour, je pensais avoir tout vu, mais il restait une chose que la télé ne m'avait pas montré. Diantre, est-ce possible ?
« Le cas d'albinisme le plus frappant est celui chez les africains sub-sahariens ou la race noire. Ils sont toujours victimes de mythes et de préjugés. Ainsi soit ils sont tués à la naissance (!) comme au nord du Cameroun; un correspondant de presse à Garoua (Cameroun) confirme que les nouveau-nés albinos sont systématiquement assassinés dès leur naissance par leurs parents. Il faut arrêter ce génocide ! Soit ils seront socialement exclus, et on leur attribue des pouvoirs surnaturels et magiques, et même parfois ils sont chassés par des chamans et des sorciers pour utiliser leurs organes dans des recettes magiques. »
Mehdi BENHENIA, étudiant à la Faculté de Médecine de Constantine - Algérie, 8 juillet 2009
http://mehdi-mehdy.blogspot.com/
« Les albinos de Tanzanie et du Burundi sont victimes de meurtres liés à des croyances ancestrales. Une fois tués, des sorciers découpent leurs corps en morceaux, puis préparent une potion, vendue au payeur, bien souvent un notable de la société tanzanienne. On raconte que boire ce breuvage rendrait riche et beau pour l'éternité...
En mars, le président tanzanien, Jakaya Kikwete, avait ordonné des mesures énergiques contre toute personne mêlée à ces crimes. Depuis, 173 sorciers ont été arrêtés. Mais la situation ne se calme pas : fin octobre, alors qu'une marche de protestation était organisée à Dar-es-Salaam par l'Association des albinos de Tanzanie, une fillette de 10 ans était tuée le soir-même à l'autre bout du pays. Ses meurtriers ont emporté un de ses bras. Les rapports d'ONG opérant sur place font état de l'assassinat et de la mutilation, depuis mars, d'au moins vingt-cinq albinos.
La Tanzanie est pourtant considérée comme le pays le plus stable et le plus démocratique d'Afrique de l'Est. Officiellement, on recense plus de 8 000 albinos dans le pays. Mais l'Association des albinos de Tanzanie estime qu'ils pourraient être en fait près de 150 000, sur une population totale de presque 40 millions d'habitants. Le 3 septembre, le Parlement européen a adopté une résolution condamnant « vigoureusement » l'assassinat d'albinos dans ce pays et le commerce des parties de leurs corps dans un but lucratif. Parallèlement, des mesures ont été prises par le gouvernement tanzanien pour instaurer un recensement des albinos et mettre en place un service policier d'escorte des enfants atteints de cette anomalie lorsqu'ils se rendent à l'école. Et, depuis avril 2007, une députée albinos, Al-Shymaa Kway-Geer, siège au Parlement tanzanien.
Les albinos du Burundi vivent, eux aussi, dans la terreur. Surtout depuis les atrocités perpétrées, au mois d'août dernier, dans l'est du pays. Six personnes sont mortes. Leurs membres amputés auraient été acheminés vers la Tanzanie à des fins de sorcellerie. Victoria Gakobwa, une Burundaise albinos de 50 ans, célibataire, exprime le désarroi de ces personnes : « Nous avons été maudits. Outre les problèmes d'élimination physique, nous sommes depuis longtemps traumatisés. Nous sommes isolés, repoussés. Personne n'ose nous demander en mariage. » L'ONU a condamné fin novembre cette « chasse aux albinos au Burundi, due à des charlatans venus de Tanzanie. »
En Tanzanie, Arnaud Bébien - ©2008. 20 minutes
GÉNÉTIQUE : L'albinisme est une anomalie génétique caractérisée par une absence de pigmentation de la peau, des poils, des cheveux et des yeux. Si aux Etats-Unis ou en Europe, une personne sur 20 000 est albinos, ce taux monte à un individu sur 4 000 en Afrique, où l'on tente de lutter contre ces crimes. Dans une pub, Vodacom, le premier opérateur téléphonique de Tanzanie, montre ainsi deux joueurs de foot, l'un noir et l'autre albinos, se serrant l'un contre l'autre. Un message de fraternité.
« Cela fait quarante ans, depuis ses débuts avec le Rail Band de Bamako, que Salif Keita chante et crie sa différence. L'actualité de ces derniers mois n'est pas pour le faire taire. Dans plusieurs pays, au Cameroun, au Burundi ou encore en Tanzanie, les albinos continuent d'alimenter les rites sacrificiels. L'ampleur du phénomène est telle que, fin 2008, l'ONU et l'Union européenne ont brisé le silence pour condamner ces pratiques d'un autre temps. Conspués, rejetés, contraints de vivre en vase clos pour éviter d'être kidnappés, tués et démembrés sur l'autel de l'obscurantisme et de la sorcellerie, les albinos sont victimes de meurtres abominables.
Cette « particularité génétique » - celle de la dépigmentation de la peau - occupe une place prépondérante dans la vie de la star malienne, qui lutte avec son association Salif Keita pour les albinos pour la reconnaissance de ces « Africains blancs ». Elle est également au cœur de La Différence, son troisième album, à sortir, le 16 novembre, chez Emarcy/Universal Jazz. »
jeuneafrique.com
Article Modifié le dimanche 17 janvier 2010 à 10:46
Posté samedi 16 janvier 2010 à 09:00
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Billet 246
L'Actimel de Danone, une boisson lactée censée favoriser les défenses immunitaires, contiendrait des probiotiques ayant leur part de responsabilité dans l'obésité des enfants. C'est en substance ce que j'ai lu dans un article du Canard Enchaîné : On trouve en effet dans un pot d'Activia ou d'Actimel plus d'un milliard de ces bactéries se substituant à la flore naturelle de l'estomac. Ces « bonnes bactéries actives et vivantes » seraient les mêmes que celles utilisées comme activateur de croissance dans les élevages industriels, selon l'étude de l'institut de virologie de Marseille à la Timone, parue dans la revue « Nature » de septembre 2009.
L'information du Canard ne précise pas si les gamins vautrés devant la PlayStation au lieu de faire des bonhommes de neige, ne deviennent obèses en se goinfrant avec tout ce qui traîne dans le frigo. Difficile de se faire une opinion en attendant une expérience in vivo ou de nouvelles études pour déterminer le rôle précis de tous ces produits lactés dans l'épidémie d'obésité infantile, les médias ayant, j'ai le sentiment, zappé le sujet pour des raisons qui m'échappent.
Affiche: Blogpub.canalblog.com
Article Modifié le jeudi 14 janvier 2010 à 19:42
Posté mardi 12 janvier 2010 à 17:02
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Billet 245 C'est pas juste !
« Nous, en plus des inondations, des tempêtes, on a l'hiver, et tous les ans ! Faut chauffer, sinon on crève. Et malgré ça, des milliers de morts par la grippe, le brouillard, le verglas... des printemps pourris, des automnes précoces... Si on demandait de l'aide aux pays ensoleillés ? »
> Jean-marc Reiser 1941-1983
« Il n'y a pas de justice climatique sans justice sociale. »
> José Bové, décembre 2009
Article Modifié le mardi 12 janvier 2010 à 15:57
Posté vendredi 08 janvier 2010 à 20:56
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Non - interview exclusive de JM Lemétayer
Billet 244 Allo Jean-Michel
- Allo, Jean-Michel, comment ça va, ça fait un bail qu'on ne t'a pas entendu ?
- (...)
- Allo, Jean-Michel ? C'est Béret vert. Pourrais-tu faire quelque chose pour moi, j'aurais besoin d'un petit service ? Voilà, je t'appelle parce que des lecteurs du Mag' cultures s'inquiètent depuis plusieurs mois déjà... ils aimeraient avoir de tes nouvelles, savoir si tu vas bien...
- (...)
- Allez, fais pas la tête, réponds, je sais où tu es...
- (...)
- Bah, il ne veut pas répondre. C'est comme ça depuis la grève du lait cet été, les grands leaders se font tout petits à présent, laissent passer l'orage et je vous avouerais que tout ceci n'arrange pas mes affaires. Voyons ce que j'ai comme actualité à me mettre sous la dent... des élections à la MSA pour envoyer des dizaines de milliers de délégués (!) sans pouvoirs ou bien la publication d'une énième étude sur les OGM, un coup c'est nocif, la semaine d'après sans danger, une polémique sur la grippe ou le réchaudissement climatique... Ah j'te jure, avec la crise agricole nous ne sommes pas à la fête ces temps-ci, tu n'aurais pas le numéro de Bové ? Ou bien c'est ti que vous prenez autant de vacances que les profs ?
- (...)
- Ok... Je regarde si je n'ai pas une petite recette de terroir à publier et je te rappelle plus tard mon chou, à bientôt.
Béret
Article Modifié le mardi 12 janvier 2010 à 15:58
Posté jeudi 07 janvier 2010 à 12:13
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Chouette ! Revoilà les Gitans…
Billet 243
Le petit chien juché sur un carton attira d'abord mon attention...
Puis se furent les Gitanes revêtues de leurs longues robes caractéristiques, la plus jolie cheveux teints dans les blonds chargée de rabattre la clientèle, la grande avec un bouton plus en retrait et gardant l'œil rivé sur une corbeille d'euros, enfin un jeune homme adossé aux poubelles municipales, en train de faire son article à une mémé à permanente et cabas attirée par la pose du caniche et un mimétisme certain au niveau de la coupe de cheveux je dirais.
Bien que faisant mine de ne pas trop les regarder, depuis quelques années qu'ils traînent dans le secteur, j'ai tout de même senti que je n'allais pas échapper à la vigilance de la rabatteuse en déambulant dans le goulot reliant le marché à la superette, endroit stratégique s'il en est, quand celle-ci braqua son regard dans ma direction. Sans me quitter un instant des yeux, je l'ai regardé faire les deux mètres qui nous séparaient, l'étroitesse du passage agissant comme une nasse.
« Aimez-vous les animaux, monsieur ? » tandis qu'elle me tend assez mollement un paquet de bonbons aux plantes noirci de crasse et tout chiffonné ayant visiblement déjà beaucoup servi. Ai-je donc une tête de vieux pour qu'on emploie pareil appât ? Un peu vexé et sachant qu'elle était là pour me délester du maximum, puisqu'elle m'abordait je soumis à la belle la question à dix euros le mètre: « Je suis surpris que vous soyez à cet endroit très passant mais masqué près des containers à déchets, ce n'est pas une place d'étalant.... Avez-vous une autorisation pour vous installer sur le marché ? » Je suis très con, je sais, mais mon expérience fait que je ne voulais pas qu'ils se sentent en terrain conquis, rien de plus : un « Tu ne niqueras pas ma mère avec ton caniche », mais sans les doigts. La gueuse n'a eu que le temps de bredouiller deux ou trois syllabes avant que son partenaire, le nabot en bermuda qui n'avait rien manqué, n'abandonne la vieille toujours à sa contemplation et ne se campe à côté de la fille et plante son regard dans le mien : « Non, on n'a pas d'autorisation, c'est pas vos affaires, qui êtes-vous ? » De quel droit en effet je lui pose cette question, au Gitan très attaché au droit vous doutez bien... Enfin, de là à fournir mon blaze et mon adresse à ce nomade, il y a un monde...
« Moi c'est Béret vert » que j'ai répondu. Profitant de son incompréhension je les ai laissés tous trois passablement interloqués, marmonnant que j'allais voir avec la Mairie, histoire de les réveiller un peu ceux-là... faut dire que j'étais de mauvaise humeur ce matin et puis je connais trop bien les nomades : rien ne leur fait peur quand ils font un séjour en Gaule, à part la perspective de rentrer chez eux. Mais il n'y a que deux endroits où les gens du voyage font régner leur loi sans équivoque : leur campement et la prison, et ce qui leur sert de maison là-bas. Guidé par mon atavisme paysan je ne tiens pas particulièrement à ce qu'ils fassent aussi la loi dans mon village ni que leurs incursions ne se multiplient - cet hiver le centre d'accueil des SDF de Rouen sud est saturé par les familles « roumaines », car je n'ai pas encore rencontré de Gitan vaquer sans son couteau ni de Gitane sans son paquet d'emmerdements, mais je ne m'appelle pas Brigitte Bardot.
Je ne m'appelle pas Chirac non plus, pourtant j'ai maintes fois emprunté une route qu'il connaît bien le bougre, et qui relie l'Elysée à l'Hôtel de Ville de Paris. C'est en longeant le Louvre sur le quai que j'avais remarqué le manège de Gitanes à la poursuite des pauvres touristes étrangers errant, le nez collé épisodiquement sur des pancartes, à la recherche de l'entrée du plus grand musée du monde. Il m'a fallut des semaines avant de décider, un après-midi où je repassais sur l'avenue, de m'interposer alors que des Japonaises tentaient d'échapper à une petite meute d'enfants, d'adolescentes et d'une femme, tous des gens du « voyage », jacassant et tirant sur les vêtements des dames en excursion, affolées. Une scène qui m'était très habituelle d'observer quand je passais là en moto, sauf la nationalité qui variait, le profil touriste étant de norme. Cette intervention ne me demandât pas plus de courage puisque la bande après m'avoir crié dessus a vite déguerpit, à mon étonnement je dois dire. J'avais compris depuis longtemps que cela ne les gênaient pas du tout que l'avenue soit très fréquentée par les flics qui se rendent à la Préfecture ou au Palais de Justice en tournant un peu plus loin à droite, et qu'ils m'ont pris pour un flic en moto ? Le plus marrant est qu'environ un an plus tard, j'ai lu un article dans un journal dénonçant des gens du voyage agressant les touristes au même endroit, et concluant que ça ne donnait pas une très bonne image de l'accueil à la française, en plein cœur du Paris historique.
En plus de ceux qui jouent de la guitare et ceux qui font des films tel Tony Gatlif (un mec très bien en plus), je respecte ceux qui cherchent à s'intégrer à la société, trouvent un boulot, marchandent de la ferraille ou crèchent en HLM, mais les autres, les oisifs, plus je les connais plus je me méfie d'eux. Pas qu'ils soient tous de mauvais bougres, au contraire, mais parce qu'ils bénéficient d'une certaine lâcheté ambiante dont ils vont chercher à tirer profit forcément, il faut bien vivre avec les moyens du bord. Les Gitans n'ont-ils pas toujours fait ce qui était mal vu par la population et interdit aux sujets du Roi : Voler, prédire l'avenir ou jouer d'un instrument de musique ? Annoncez à votre père (le roi) que vous allez jouer de la guitare plutôt que reprendre la ferme, vous verrez sa tête... Mais bon tout en pensant à ces vieilleries je savais déjà que d'un autre côté je ne devais surtout pas compter sur l'autorité municipale en ces temps d'idéologie festiviste et de diversitude qu'elle en sera complaisante envers nos artistes de l'embrouille, et en retour, par le classique phénomène de compensation, agressive envers ma pomme.
Je ne me suis pas trompé... c'est l'inconvénient d'être devenu, en vieillissant, pacifique voire un peu péteux: on a toujours raison mais on perd, c'est moins marrant. Une fois déniché Momo, le placier me rétorque : « Mais si, ils en ont une d'autorisation ! » puis ajoute : « Ah oui, ils en ont pas mais ils sont devant le Carrefour, on les a vu la semaine dernière, c'est le problème de Carrefour. » puis : « ah bon d'accord, mais c'est pour nourrir leurs animaux, c'est pas interdit de mendier » enfin, « ah bon, mais ici nous n'avons pas d'arrêté municipal contre la mendicité, on peut rien faire ! » Il n'avais pas tort après tout, sachant que l'année précédente le groupe était déjà arrivé à installer sa caravane devant la mairie, pour « renforcer l'attractivité du centre bourg » je suppose, squattant ainsi une section du parking durant deux ou trois mois en produisant seulement une ou deux représentations du Grand Cirque Bidoni sous une tente, il fallut se résoudre un jour à ce qu'ils quêtèrent pour fournir le picotin aux poneys stationnés sur le macadam !
Plus tard à la maison j'ai repensé à une interview d'Yvan Le Bolloc'h lors d'une émission de radio durant laquelle le comédien, archiconnu pour avoir fait le clown sur M6 avec son pote Bruno Solo notamment dans le sit-com Camera café et Ségoléniniste convaincu [1], il y faisait l'apologie de sa nouvelle vie et de son nouveau spectacle avec son nouvel orchestre de Gitans qui vient de sortir [2]. Résumé: « c'est ça le rock n' roll (sic), on part en tournée à une dizaine entassés dans la camionnette, au mépris des règles d'hygiène, Ah Ah Ah [ rires forcés, ça doit être la énième fois qu'il la sort ], avec les Gitans c'est vraiment géniââl, c'est la liberté, on roule et les Gitans ils s'en foutent des panneaux, pour comprendre faut l'avoir vécu, on bouge et il y a une amitié, on est soudés tous et c'est génial... » Yvan Le Bolloc'h reprend la route comme à vingt ans : Je n'en avais pas dix quand, pour la première fois, complètement fasciné, j'ai mis les pieds dans une roulotte malgré les mises en garde, je comprends maintenant qu'un mec plein aux as comme Le Bolloc'h et expert en vie de plateau ait tout à coup une furieuse envie de prendre le large lui aussi.
« Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins » avait relevé Jean-jacques Rousseau il y a deux siècles. Les comédiens à l'instar de Yvan Le Bolloc'h ont cet avantage qu'ils peuvent raconter n'importe quoi et convaincre un tas de gens, tellement ils les impressionnent par leur prestance ou leur bagout de marchand de vaisselle. Les fonctionnaires municipaux, plus simplement, trouvent les réponses, leur sang-froid et leur assurance dans un emploi à vie. Moi pour convaincre j'ai dû faire, plus que de raison, usage de mes poings par le passé, et de ma plume à présent, uniquement parce que je n'impressionne personne, pas plus les nabots en bermuda que les belles aux ongles sales, bientôt aussi intouchables que des fonctionnaires assermentés ou des comédiens de variétés.
Notes :
[1] Le 1er mai 2007, Yvan Le Bolloc'h présente le meeting de Ségolène Royal au stade Charléty devant près de 100 000 personnes.
[2] Fiers et susceptibles comme il est écrit sur la pochette du disque.
Article Modifié le mercredi 13 janvier 2010 à 18:59
Posté lundi 04 janvier 2010 à 22:27
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