Billet 229
Des plaines fertiles s'étendent au loin sur les deux bords de la rivière ; on voit ça et là des collines et des monticules ; partout de jolis hameaux, des vergers, des maisons de campagne, des châteaux avec leurs tours et tourelles ; une culture très avancée, l'industrie et ses bienfaisants résultats. Je voyais en imagination l'état primitif de ces beaux rivages : la Saône roulant ses vagues dans le désert, au sein de ténébreuses forêts ; des hommes presque sauvages se cachant dans de profondes cavernes ou sous les branchages de chaînes séculaires. Quelle métamorphose !... Que de temps il a fallu pour faire effacer les traces de cet état primordial !
Cependant il pourrait se faire, mes amis, qu'un jour ces mêmes lieux redevinssent déserts et sauvages. Un jour, à la place de ces jolies filles que j'aperçois sur le rivage occupées à peigner leurs chèvres au poil blanc, peut-être verra-t-on rôder des animaux féroces et rugissants comme dans les solitudes de l'Afrique ! Observez un peu les variations de la nature ; lisez l'histoire des nations ; allez en Syrie, en Egypte, en Grèce, et dites-moi si mon hypothèse est dénuée de vraisemblance ! Tout ici-bas naît et s'élève, et tout passe, les peuples comme les fleurs. Dés lors, qu'y aurait-il d'absurde à supposer que ce beau pays de France, si beau par son climat, par ses produits, par le génie de ses habitants, par ses arts et son industrie, puisse devenir dans la suite des siècles semblable à l'Egypte, telle que nous la voyons aujourd'hui ?
Une chose me console. Si les nations périssent, le genre humain ne meurt pas.
Nicolaï Karamzine, 1766-1826
Article Modifié le mercredi 18 novembre 2009 à 18:09
Posté mardi 17 novembre 2009 à 21:16
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Commentaires
Je vous imagine, béret vert troqué contre un chapska, boyard parmi les bolhards, tel Nicolaï Karamzine visitant la France révolutionnée qu'il voit en décadence.
Les loups sont entrés dans Paris!
"Si les nations périssent, le genre humain ne meurt pas." Oui, mais dans le genre humain il y a le meilleur et le pire! L'homme est un loup pour l'homme.
P.S. Je fais le malin, mais vous m'apprenez l'existence de cet auteur...
par Cultilandes le mardi 17 novembre 2009 à 23:11:32
Je garde mon béret et je rentre dans le tas en pareilles circonstances: après-midi, quartier chic bourré de flicaille et de bobos, c'est moins craignos qu'une impasse à Aubervilliers à trois heures du matin.
Ceci dit, ce n'est plus de mon âge, alors place aux jeunes...
par Béret vert le mercredi 18 novembre 2009 à 07:57:49