Billet 237 De la disparition des abeilles en Normandie
« Malheureusement depuis plusieurs années les populations d'abeilles diminuent, se fragilisent. Le désigné coupable est l'homme qui utilise de nombreux produits phytosanitaires pour ses cultures. » Quand on habite à la campagne, en lisant cette sentence dans le Bulletin d'intox municipale, c'est que le coupable n'est pas bien loin, il suffit de le chercher. Pour le repérer, c'est assez simple, il faut d'abord se rendre avec les enfants sur le site du rucher de l'association municipale « Abeille & Essaims 76 » dont le président vend du miel. On en profitera au passage pour emprunter la fameuse ceinture verte et admirer le verger municipal de pommes à cidre. Le verger n'a toujours pas produit une seule pomme depuis dix ans, dans le but de ne pas encombrer le marché local saturé pendant quelques décennies depuis que la distillerie a fermé. Qui boit du cidre parmi vous ? Comment ça, personne ? Ta gueule Kevin, ce n'est pas drôle. Oui alors je disais, mais où donc se terre le coupable de la disparition des abeilles dans le coin ? Ouvrez les yeux les enfants, du rucher associatif vous verrez une ferme, en face, vous ne pouvez pas vous tromper : Voyez-vous le champ de colza, l'alignement d'arbres, le verger conservatoire avec ses pommes multicolores, l'étable du dix-neuvième siècle, le manège en bois, les gros tracteurs ? Bien, c'est ici qu'on en a repéré un, de tueur d'abeilles. Si vous allez là-bas, méfiez-vous les enfants. On avait envoyé un enquêteur d'une association protectrice des animaux, et le type l'avait embrouillé en lui montrant la grange aux chauves-souris, le nid de la grive, celui du corbeau freux, les taupes, rats et souris, les libellules sur la mare, les vaches, la poule d'eau, l'alouette des champs, le rouge-gorge en hiver ou le rouge queue noir en été je ne sais plus, la mésange charbonnière, ensuite les merles, puis les grenouilles vertes, les hérissons et musaraignes, les pigeons squattant le sapin et les tourterelles sur les toits, le lièvre et la perdrix, les sangliers, le cri de la chouette, l'hirondelle sous la poutre, les syrphes butinant, les corneilles disputant aux pies les branches des pommiers, écureuils, étourneaux, lapins et campagnols, les abeilles tourbillonnant dans le jardin tout l'été, enfin le faucon crécerelle planant au-dessus de tout ce joli monde, tout ça à moins de cinq cent mètres de la maison. Il y a même un renard qui passe aussi de temps en temps pour faire diversion, plus tous ceux manquant à l'appel, alors je vous préviens mes enfants, s'il vous parle de ses trente hectares de plantes mellifères, sachez que quand l'enquêteur lui a dit, « la phacélie, vous la détruisez au Round-Up, n'est-ce-pas !? », il n'a pas su quoi répondre et s'est contenté d'un haussement d'épaules pour sa défense. Le coupable, on le tient les enfants, on le tient !
Nos enfants nous accuserons si on ne fait rien. Comme punition nous envisageons de prolonger la ceinture verte au cœur de son îlot, et de faire profiter ainsi les citoyens du patrimoine boisé de ce monsieur et accessoirement rejoindre directement le terrain de foot, c'est pas chouette ?
Bon, maintenant rompez les enfants.
Article Modifié le samedi 19 décembre 2009 à 08:55
Posté vendredi 18 décembre 2009 à 22:51
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