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mercredi 24 février 2010

Village people

photo Béret vert

Billet 259 Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs...

 Plus de cinquante pour cent de mariages consanguins au Pakistan, plus de quarante pour cent en Mauritanie, un chiffre inconnu pour le Mali voisin mais entre vingt et trente pour cent en Egypte chez les descendants de Toutankhamon dont on vient de révéler qu'il est le fruit d'un inceste, une coutume des pharaons qui ne faisaient jamais rien à moitié, les mariages endogamiques sont encore monnaie courante en Afrique et au Moyen-Orient.
 Le port du voile intégral fait aussi partie de ces cultures archaïques reposant sur la domination et la volonté de conserver richesse et pouvoir au sein du clan. Un mariage hors les murs est plus coûteux, en argent, et aussi plus risqué quand il s'agit d'aller arracher les femmes d'autres tribus des bras de leurs époux, une pratique traditionnelle qui perdurera jusqu'aux années soixante chez des Amérindiens [1]. Cependant le mariage entre cousins n'est pas réservé aux seuls musulmans. En France, il concernerait moins de un pour cent des unions, mais il se pourrait que le chiffre progresse. J'estime cependant que ce taux est assez bas dans l'espace rural avec le brassage des populations induit par la modernité et l'interdit culturel et religieux ancré dans les moeurs. Enfin on ne peut pas non plus dire que cela n'existe pas, à l'école communale la rumeur désignait un de mes camarades, un bien grand mot pour cet enfant qui vociférait dés qu'on l'approchait, dont les parents avaient fauté. Je me souviens comme si c'était hier du compas que ce garçon avait planté dans le tableau noir tandis que l'instituteur, un brave homme, avait le dos tourné. Nous nous étions alors demandé si l'instit n'était pas la cible, celui-ci ayant quelques minutes plus tôt rabroué l'écolier un peu colérique. [2] Je n'en dirais pas plus sur le fou du village, car d'autres rencontres m'on marqué plus profondément par la suite:
 Il y a... un bail mes pas me conduisaient en Inde himalayenne, sur des sentiers de montagne pas encore devenus des treks. Paysages sublimes, vertigineux, peuplés de démons et de déesses, au moins dans les esprits, ainsi que d'un tas de bestioles bizarres croisées furtivement, corbeaux géants, quadrupèdes divers à poils longs ou serpents gros comme le bras. Du bourg en cul de sac qui me servait de camp de base des brumes s'échappant de sources chaudes rendaient le lieu encore plus fascinant. Dés lors une seule journée de marche était nécessaire pour rejoindre, en direction des glaciers, le hameau hors du temps qui était ma destination. Sans être totalement isolé du reste du monde, il arrivait que le médecin s'y rende, ce nid d'aigle avait une réputation dans le petit univers des voyageurs rencontrés dans la vallée de Y...[3].
 Je fus averti que là où j'allais les montagnards ne voyaient pas les étrangers d'un bon œil et que je devais rejoindre directement la maison d'un intouchable vivant parmi eux. Je devais éviter le moindre contact avec ces paysans - de religion hindoue - intrangiseants avec le système des castes : aussi ne se reproduisaient-ils qu'entre eux, n'acceptant pas l'étranger, considéré comme impur et ne pouvant de ce fait que colporter des ennuis. Par ailleurs la rudesse du climat isolait le village six mois par an. Ainsi prévenu, c'est armé d'un solide bâton que j'entrepris ma randonnée et arrivais le soir à proximité du village. Pour éviter de le traverser je longeais les premières maisons d'un pas rapide, malgré la fatigue causée par les douze d'heures d'ascension, sous les regards hostiles d'un groupe d'hommes aux yeux de feu, pour rejoindre enfin une ferme un peu à l'écart abritant l'unique famille de « sans castes » qui m'accueilli ce soir-là comme un petit frère. Ouf ! Désormais à l'abri, l'agitation que j'avais perçue à mon arrivée s'était elle aussi assoupie avec le coucher du soleil, j'allais pouvoir fermer l'oeil. Avant, mon hôte, enclin à demeurer à l'écart du village la plupart du temps, m'expliqua qu'il était le seul interlocuteur possible des villageois, avec un médecin qui faisait une excursion jusqu'ici de temps en temps. Le matin même durant les premiers kilomètres j'avais croisé deux personnes en train de descendre un corps sur le dos d'un mulet dans le but probable de l'immoler au temple, avais-je supposé, spectacle qui m'avait plongé dans l'ambiance. Je vous avoue que le soir de mon arrivée je n'en menais pas bien large et me contentais par la suite d'observer - de loin - ces villageois tout en restant discret. Sur ce, je soufflais la bougie. Allongé sur la natte, je ne voyais rien des étoiles qui scintillaient et m'endormis dans les crépitements du feu.
 Aujourd'hui j'ai toujours un pincement au cœur quand je pense au sourire radieux de l'intouchable, la nouvelle de son décès m'étant parvenue l'année suivante.


[1] « Yanoama », d'Ettore Biocca est le récit, publié en italien en 1965, d'une femme brésilienne enlevée par les Indiens. Helena Valero, enlevée à onze ans par des guerriers du Brésil vécu vingt-deux ans parmi différentes tribus indiennes dans l'immense forêt équatoriale encore inexplorée. L'ouvrage fit grand scandale à l'époque. Universitaires et journalistes reprochèrent à l'auteur de ternir l'image des autochtones et on prétendit que son récit était falsifié : je vous recommande vivement la lecture de ce document ethnologique unique de la vie quotidienne d'une tribu indienne guerrière, ses peurs et ses folies, au sein de laquelle, avant Helena Valero, aucun Blanc n'avait pu pénétrer.
[2] Figaro Magazine : Un directeur d'école primaire roué de coups à Nanterre.
22/02/2010. Vendredi en fin d'après-midi, le directeur de l'école primaire Jacques Decour, située à Nanterre (Hauts-de-Seine) a été menacé de mort puis roué de coup par un élève de 12 ans. Surpris par le chef d'établissement alors qu'il n'avait aucune raison d'être présent à l'école - il était 17h 20 - le gamin, qui vit dans un foyer à la suite d'un placement judiciaire, a immédiatement insulté puis menacé de mort le directeur. Il l'a ensuite frappé à coups de pieds et à coups de poings. L'enfant a été remis à sa mère après son audition, sur instruction du magistrat des mineurs. Le directeur de l'école a déposé plainte.
[3] Pour vivre heureux, vivons cachés. Le prochain billet de ce blog sera sûrement le dernier.



DELIVRANCE


Article Modifié le jeudi 25 février 2010 à 08:07


Posté mercredi 24 février 2010 à 21:27 5 commentaire(s) Commenter Lien permanent
Ce billet est classé dans la rubrique "...dans la brousse 2010"



Commentaires


"Le prochain billet de ce blog sera sûrement le dernier."
Vous n'y pensez pas !
Ou ne réalisez pas à quel point votre présence sur la toile est unique,
en matière de vision du "milieu agricole".
Pour vivre heureux, vivons cachés, je partage cet adage, pourtant il me semble qu'internet permet justement de préserver l'anonymat?
Paradoxalement, vous faites partie des personnes qui gagnent à êtres connus, que voulez-vous, c'est ça le talent!
Je ne me souviens plus à quelle occasion j'ai pu découvrir votre site, sans doute par l'intermédiaire de Cultilandes, belle découverte, vous allez nous manquer...

par rageous le jeudi 25 février 2010 à 08:11:05

Après I am the walrus, Délivrance?
Ben respect alors...

par rageous le jeudi 25 février 2010 à 08:16:14

Les consanguinités génétiques sont chez nous taboues, mais pas les consanguinités intellectuelles, sociales, politiques, professionnelles! Même la consanguinité des révolutionnaires en fait des "progressistes", puis des conservateurs.
Et puis on a inventé la "famille mono-parentale". En fait le Papa-Maman de la plupart des français, c'est l' Éducation Nationale monolithique! Et pour les agriculteurs...
Si la consanguinité génétique produit des handicapés, la consanguinité intellectuelle handicape la société.

Béret Vert nous apporte une altérité salutaire, de l'air frais.
Chaque billet que vous livrez nous délivre un peu.
Ce blog vous a t'il suffisamment délivré pour que vous l'arrêtiez? Ou vous a t'il livré à la vindicte locale et professionnelle?

par Cultilandes le jeudi 25 février 2010 à 21:58:53

Je vais manquer de temps à consacrer au blog, l'avenir s'annonce chargé. Trouver des histoires, c'était du taf ! Sinon, à part vos commentaires, je n'aurais pas grand chose à regretter!

par Béret vert le vendredi 26 février 2010 à 21:37:07

De temps en temps, tout de même?

par Cultilandes le lundi 01 mars 2010 à 01:09:40



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